Publié dans : Textes

Réveil pénible. J'ai encore eu du mal à m'endormir.

<< Allez! Debout fainéant! >>

Toujours d'attaque, ma mi me pousse en bas du lit. Je me relève douloureusement et me dirige vers la salle de bain avec toute la mauvaise volonté dont je suis capable.

Une fois propre et réveillé, je rejoins mon petit déjeuner qui m'attends sagement comme à son habitude. Et comme à mon habitude, j'écarte les pilules vertes qui se trouvent à coté de mon verre. Et comme à son habitude, elle laisse échapper un long soupire et me demande:

<< Combien de temps crois-tu que ton patron va le supporter? >>

Et comme d'habitude, je noie la discussion dans mon verre de jus d'orange avant de prendre mes affaires et de partir travailler.

 

Nous partons chacun de notre coté.

 

Et comme d'habitude le patron m'accueille: << Alors? Combien de retard vas-tu prendre sur tes collègues aujourd'hui? >>

 

Une course. Ce n'est qu'une course dans laquelle je suis déclaré perdant d'office. Je prétendais encore il y a quelque mois que ce n'était pas moi qui prenait du retard, mais les autres qui prenaient de l'avance. Mais comment lutter? Comment lutter lorsque vos adversaires ne sont plus des hommes mais des machines?

 

Chacun de mes collègues a dans son crâne le lot de base du bon travailleur: implants mémoriels, planificateurs, calculateurs,... liste non exhaustive. A ceux-ci s'ajoutent diverses prothèses et squelettes artificiels sous-cutanés afin d'assurer et d'améliorer les performances musculaires et la précision des mouvements. Je suis l'un des derniers à ne pas avoir de cicatrice et à ne pas prendre mes petites pilules du bon citoyen. Comment alors pourrais-je lutter?

 

Aujourd'hui encore, pas de lutte. Je fais mon boulot. Je prends du retard. Je repars. Sauf que contrairement aux habitudes, aujourd'hui était ma dernière journée: dernière journée de mon préavis de licenciement. Ils ont trouvé quelqu'un de plus compétent.

 

Retour au bercail, retour à l'oisiveté, retour à la contemplation de ma femme hyperactive. Heureusement que l'implant d'hyper-logique est bien trop cher pour nos moyens, je ne voudrais pas qu'elle me quitte. Tellement jolie, tellement intelligente. Je me gave de sa beauté avant que la nuit tombe. Avant que nous n'allions nous coucher.

 

Mais la nuit arrive, nous allons nous coucher et je vais encore avoir du mal à m'endormir. Car j'attends. J'observe d'abord le plafond. Puis, l'ennui me gagnant je me tourne vers ma compagne. Je la regarde patiemment. J'attends que, comme tous les soirs, sa peau se détende, se relâche. Je scrute les rides qui apparaissent, les boursouflures et les replis se former. Je regarde cette si jolie femme devenir vieille et laide.

 

Je regarde ses muscles, tendons, implants artificiels se mettre en veille afin d'économiser leurs batteries.

 

Et j'attends qu'elle se réveille, qu'elle balbutie difficilement quelques questions à propos de mon nom, de mon âge, de notre relation.

 

Je prendrais alors cette femme chétive, sans force, dans mes bras et je lui dirais de s'endormir, que tout deviendra clair a son réveil. 

 

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